En Vert et Contre Tous

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Ilan lors d’une visite du camp d’extermination de Majdanek, pres de Lublin, Pologne

“Personne ne t’attend en Israël”

“Attends, fais tes études ici, fais des sous et tu feras ta alyah plus tard, Israël ne va pas s’envoler”

 » L’armée, c’est pas pour les religieux »

« Faut être né là-bas, toi t’es français, c’est pas ta mentalité »

 » Trois ans? Tu sais ce que c’est trois ans? Tout tes copains auront déjà une licence d’ici la »

Ilan entendait cela à longueur de temps. Mais ce choix ne datait pas d’hier. Ce grand garçon, barbu avant l’âge, élève modèle, que toutes les mamans voulaient pour gendre était tiraillé entre son amour d’Israël et son admiration de la culture française, lui qui expliquait Baudelaire et Rimbaud à ses camarades de classe coiffé de sa kippa tricotée bleu et blanche, qui lisait les Mémoires infinies des héros sionistes de Herzl à Sharon quand il ne décortiquait pas les textes de Berger et de Gainsbourg. En 2008 la décision était prise. Il prit l’initiative de réunir des élèves de terminale et de fonder un groupe pour partir à l’aventure, à la rencontre de leur passé. Il ne lui manquait que la longue barbe et un chic costume du type bourgeois autrichien du XIXe siècle et l’on penserait voir Mr. Theodor à Bâle en 1897. Les semaines passaient et le groupe rétrécissait. “Écoute, je vais d’abord commencer médecine et on verra si je rate je viens” lui disaient certains, “en Israël, il n’y a pas de travail” lui disaient d’autres et tous s’accordaient sur la difficulté trop grande de quitter son foyer et ses proches à tout juste dix-sept ans. Six personnes décidèrent finalement de se joindre au programme B.I.P (pour Bernard Isah’ar Picard z”l, illustre éducateur et directeur de l’école Yabne Paris).

Pendant un an, les « bipiens » apprirent l’hébreu, découvrirent le pays dans lequel ils allaient passer le reste de leur vie, étudièrent l’histoire d’Abraham, des explorateurs, du Roi David, de la forteresse de Massada, de l’exil, de la Shoah, des “combattants pour la liberté d’Israël” Leh’I, de la guerre de Kippour…

Mais Ilan sentait un manque inexplicable, une sorte de carence spirituelle. Pas question de commencer son service militaire dans ces conditions. C’est dans le village de Koch’av Yaakov prés de Jérusalem qu’Ilan ira étudier ou plutôt apprendre à étudier. On y lui enseigna les lois relatives à l’armée mais aussi à son pays, les règles de savoir-vivre et le respect dans cette institution modèle qu’est Eh’al Elyahou dirigée par le Rav Botchko, d’un savoir et d’une humilité sans bornes.

Trois ans. Ce sera un service de trois ans. Pas 6 mois, pas 16 mois, trois ans. Nous sommes en Juillet 2011.
En ce jour solennel, avant de réciter la bénédiction de cheheh’eyanou sur son uniforme tout neuf, Ilan se trempa au mikvé, le bain rituel dans lequel les hommes ont coutume de se tremper avant les grands événements que sont généralement le jour du Grand Pardon Yom Kippour et avant de rentrer sous la h’oupa, le dais nuptial.

L’aventure commence au centre d’Éducation et d’Instruction (Mikh’ve Allons), une base militaire située près de la ville de Safed au nord du pays, spécialisée dans l’accueil des nouveaux immigrants dans l’armée. Ilan pensa “René Goscinny devait être assis ici quand il écrivit Astérix Légionnaire”. Il n’était cependant question ni de Gaulois, ni de Vikings, ni de Slaves ni de Brettons mais plutôt de Russes, d’Américains, d’Ethiopiens et d’Européens.
C’est à Mikh’ve Allons qu’Ilan fît la connaissance de celui qui allait être son compagnon de route pendant tout son service et qui allait l’accueillir généreusement dans sa famille, Élie.

C’est dans la brigade Nah ‘al, les bérets vert pomme, que notre soldat choisit d’effectuer son service; ayant réussi avec succès une série de tests physiques et mentaux, c’est au sein du régiment d’élite Orev Nah’al qu’il servira. Une unité d’élite, c’est seize mois complets d’entrainement, de discipline, de droiture, de responsabilité, de nuits courtes, d’efforts physiques intenses, deux hivers glacials, un été brulant. Une unité d’élite, c’est des exercices de repérage, des cartes à apprendre parfaitement avant d’être abandonné seul dans le désert et d’avoir quelques jours pour retrouver sa route, c’est du pain, de l’eau et du thon, beaucoup de thon que les soldats ont pour habitude de bruler, une “recette” dont eux seuls ont la technique, une manière disent-ils de varier les goûts.

Ilan Israel, binoclard du lycée au nez rouge tout l’hiver, était maintenant un soldat, un vrai, une arme de guerre dans les mains, gravissant des montagnes, descendant des ravins, sautant en parachute, marchant des kilomètres dans des forêts boueuses en pleine nuit, portant sur des centaines de kilomètres du matériel plus lourd que lui, capable de tirer des balles de 5,56 mm dans toutes les configurations possibles… C’est une vie doublement nouvelle qui s’offrait à lui. En effet, Ilan sera soldat trois ans et restera avec la même équipe tout au long de cette période. Son équipe, sa “tsevet” en Hébreu, s’avérait être un formidable melting-pot. Ilan qui n’avait connu que l’école juive découvrait des univers totalement différents du sien. Il aima comme un frère des partisans d’extrême gauche, des laïcs, des religieux, des kibbutz’nikim… il sera même pour certains la première personne avec une kippa à laquelle ils s’adressent.

Ni leurs tatouages, ni leurs opinions politiques, religieuses, idéologiques ne faisaient barrière à cet amour fraternel, sincère, solide. Et c’est tout naturellement qu’ils prirent part, comme une deuxième famille, à son mariage avec Oceane, la deuxième année de son service.

Ilan ne pût étudier aussi assidûment qu’à la Yeshiva, non que l’infrastructure ne le permette pas mais que la fatigue se ressent et que la motivation n’est pas la même dans ce cadre là. Les prières avec un minyan (prière en groupe de dix hommes) se firent aussi plus rares. La spiritualité dans un cadre aussi terre-à-terre ne trouve pas sa place naturellement, elle demande un effort. “La récompense correspond à l’effort” souligne Benhehe dans le Pirke Avot…

Ilan a servi dans Tsahal. Ilan a donné à son pays trois ans de sa vie. Mais combien en a-t-il tiré? Quelle est la valeur d’un seul ami? Et de dix? Combien cela vaut-il de parler la langue de son pays? Combien vaut le sentiment d’accomplissement? La satisfaction personnelle? « Lorsqu’on fait un effort, on s’aime » disait l’écrivain québécois Jean-Marie Poupart. Parfois il faut faire l’effort de prendre les décisions sois même, de dire « j’ai écouté ton avis avec beaucoup d’intérêt, mais je pense autrement et je vais faire autrement.  »

Dans le cas d’Ilan, c’était l’armée, en vert, et contre tous.

Ilan est aujourd’hui papa d’un jeune garçon et étudiant en genie industrielle au Technion de Haifa. Il est le fondateur de l’association Integraliah.

 

                                                                                                                                                               Yoel Zirah

 
 Retrouvez Ilan sur Facebook ou par email: ilanisrael92@gmail.com
Ilan et Oceane sa femme

Ilan et Oceane sa femme

La « Tsevet », de Orev Nah’al

La « Tsevet » le soir du mariage d’Ilan
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